Oiseau mange insectes
Extraits du "Langage des oiseaux" Attâr

Demande d’un dix-huitième oiseau

Un autre oiseau dit à la huppe : « Je crois que j’ai acquis, quant à moi, toute la perfection dont je suis capable,
et je l’ai acquise par de pénibles ascèses
Puisque j’obtiens ici le résultat que je désire, il m’est difficile de m’en aller de ce lieu.
As-tu jamais vu quelqu’un quitter un trésor pour s’en aller errer péniblement dans la montagne et dans la plaine ? »

La huppe répondit : « 0 caractère diabolique, plein d’orgueil !
Toi qui es engoncé dans l’égoïsme et qui as du recul pour agir, tu as été séduit par ton imagination...
et tu t’es éloigné du champ de la connaissance réelle des choses
L’âme concupiscente a eu le dessus sur ton esprit ; le diable a pris possession de ton cerveau.
L’orgueil s’est emparé de toi et t’a complètement dominé.
La lumière que tu crois avoir dans la voie spirituelle n’est que du feu,
et le goût que tu as pour les choses du ciel n’est qu’imaginaire.
L’amour extatique et la pauvreté spirituelle que tu crois avoir ne sont qu’une vaine imagination
tout ce dont tu te flattes n’est autre chose qu’impossibilité.
Ne te laisse pas séduire par la lueur qui t’arrive du chemin
tant que ton âme concupiscente est avec toi, sois attentif.

Tu dois combattre un ennemi tel...l’épée à la main : comment quelqu’un pourrait-il en cette circonstance se croire en sûreté ?
Si une fausse lumière se manifeste à toi de ton âme égarée,
tu dois la considérer comme la piqûre du scorpion, pour laquelle il te faut employer du persil.

N’accepte pas la lueur de cette impure lumière ; puisque tu n’es pas le soleil, ne cherche pas à être plus que l’atome.
Que l’obscurité que tu trouveras dans le chemin où je veux t’engager ne te désespère pas,
et que la lumière que tu y rencontreras ne te donne pas la présomption d’être compagnon du soleil. Tant que tu demeureras, ô ami, dans l’orgueil de ton existence, tes lectures et tes efforts ne vaudront pas plus qu’une obole.

C’est seulement quand tu renonceras à cet orgueil que tu pourras abandonner sans regret la vie ; car, si l’orgueil de l’existence ne te subjuguait pas, tu n’éprouverais pas la douleur du néant. Mais il te faut au moins quelque peu te nourrir de l’existence ; et avec elle vient l’infidélité et l’idolâtrie.

Et cependant si tu viens un instant seulement à l’existence, les flèches du malheur t’atteindront de toutes parts.

Tant que tu vivras en effet, tu devras asservir ton corps aux douleurs de l’âme et courber ton cou sous cent adversités ; tant que tu existeras visiblement, le monde te fera subir cent vexations encore...

Moucharabieh
Oiseau la huppe
Textographie Simorg
Textographie Simorg
Voliere du Simorg